En politique, il y a des moments où la parole engage, et d’autres où le silence protège. Mais il existe aussi des instants plus rares ceux où reculer coûte plus cher que parler. Le cas de Modeste Bahati Lukwebo s’inscrit précisément dans cette catégorie.
En évoquant publiquement la question du changement de la Constitution, il avait ouvert un débat que beaucoup évitent, mais que beaucoup pensent tout bas. À cet instant, il apparaissait comme un acteur assumant une position, prêt à en porter le poids. Puis sont venues les excuses. Et avec elles, la chute politique.
Car en se rétractant, il a envoyé un double signal dévastateur : à ses adversaires, celui de la fragilité ; à ses soutiens, celui de la déception. En politique, on peut se tromper, mais on ne se contredit pas sans en payer le prix. Ses excuses, loin d’apaiser, ont affaibli son autorité et brouillé son positionnement. Le mal était fait et le recul n’a rien réparé.
Ce qui se joue ici dépasse une simple erreur de communication. C’est toute une culture politique qui se révèle : celle d’une élite incapable de tenir une ligne dès lors que les pressions montent. Faire de la politique, ce n’est pas seulement accéder aux privilèges, c’est aussi savoir y renoncer quand les convictions l’exigent. Or, trop souvent, nos dirigeants préfèrent préserver leurs positions plutôt que défendre leurs idées.
Dans ce contexte, le message envoyé est inquiétant : toute voix dissonante est rapidement ramenée à l’ordre. Le pouvoir autour de Félix Tshisekedi donne de plus en plus l’image d’un espace où la loyauté se mesure au silence, et où l’expression divergente devient un risque politique majeur. Certains y verront une dérive autoritaire, d’autres une gestion stricte du pouvoir mais le résultat est le même : le débat se rétrécit.
Plus grave encore, la perception d’une instrumentalisation de la justice pour neutraliser les voix critiques s’installe dans l’opinion. Vraie ou exagérée, cette perception suffit à fragiliser la confiance dans les institutions et à dissuader d’autres leaders de s’exprimer librement.
Le cas Bahati devient alors un signal : parler peut coûter cher, mais se renier coûte parfois plus encore. Et dans les deux cas, c’est la crédibilité qui s’effondre.
Au fond, cette séquence pose une question essentielle : avons-nous une classe politique prête à défendre des convictions, ou simplement des positions à conserver ? Le Congo ne manque pas d’hommes politiques, il manque de leaders capables de tenir debout quand le vent tourne.
Le vin est tiré. Et dans cette affaire, qu’il le boive ou non, Modeste Bahati Lukwebo en paiera le prix politique.
Nick Migabo/ CONGORELÈVE.NET
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